J'aurais voulu savoir : est-ce que l'altitude ça peut empêcher de dormir ? Je suis naze et overcrevée, dormi deux heures avec Lauren la nuit dernière et levées à 7h00 tapantes... Et j'y arrive pas. J"ai essayé avec et sans musique, avec Jules, avec et sans fenêtre ouverte, avec et sans couette, avec et sans le coté frais de l'oreiller, avec et sans oreiller... J'en déduis donc que mon inconscient de campagnarde se rebelle contre sa situation : mes grands-parents habitent au neuvième étage d'un immeuble dans la banlieue de Lille...
Enfin. Sciences Po, c'est fini. Qu'on ne m'en reparle plus. Ce fut glauque, froid (peut-être parce qu'il faisait froid ?), inhumain, prétentieux.
Prendre le train avec Lauren, seules toutes les deux comme ça faisait longtemps, se raconter des débilités que décidément nous seules sommes en mesure de comprendre sans se sentir trop idiotes parce qu'à deux c'est quand même plus réconfortant ^^ Partager un paquet de crocodiles, jeter un oeil distrait aux feuilles de philo, photographier notre bordel, les panneaux des gares et chanter (presque) à tue-tête sans se soucier des voisins, s'empêcher de stresser "parce qu'on s'en fout on les aime pas", échanger quelques potins...Quelques regards entendus quant à la libération d'Ingrid Béthancourt (ça gère un max quand même - non vous n'y couperez pas, et ça fait pas que depuis janvier que je m'y intéresse), se retrouver à partager le grand lit de la chambre d'amis, préparé avec amour par ma Mamie... Et Jules. Oui, vous lisez bien, Lauren a osé me piquer Jules. Il a fallu que je bataille et use de la torture suprême (la Lauren ne résiste pas aux chatouilles, qu'on se le dise) pour récupérer ce pauvre traumatisé (nan mais qu'est-ce que tu crois y a que moi - et Alice - qu'il aime d'abord) - pour finalement le lui abandonner - la Lauren dispose également d'une arme difficilement résistible. Bon à partir du moment où elle s'est endormie pour roupiller comme un loir en me laissant toute seule, ma mémoire a décidé d'occulter la nuit blanche, le stress, l'impuissance et la honte, pour arriver à ma sortie définitive de cette p****n de salle, vers cinq heures. Dernière discussion pas si désagréable avec Triste Sire - fallait bien une dernière, c'était celle-là. Pour me rendre compte que je ne suis plus en colère. Parce que je m'en fous. Parce que je n'ai qu'une envie : être très près d'Arthur. Et que pour compenser, il a fallu que je raconte tout en détail à ma Mamie, malgré les vendeuses et cette robe mirifique, les gens dans le métro qui ont dû me prendre pour une débile - encore plus quand, tout à parler de lui, on s'est aperçues qu'on s'était trompées de ligne, l'ascenseur supersonique et la glace au caramel, l'ordinateur récalcitrant...
Pour en arriver là : il est trois heures moins le quart, je crève de fatigue et les immeubles en face me narguent. C'est beau, la ville la nuit, surtout Lille qui s'étend aux pieds de la fenêtre du salon, mais la nuit n'est décidément pas assez noire ni silencieuse pour me laisser dormir.
Il aurait fallu deux sacs de couchage, un trampoline, les étoiles invisibles au-dessus des nuages, des yeux un peu moins embarrassés, tout ça au beau milieu de nulle part, sans personne pour nous voir...
Mais il y a ça aussi : même si elles partent trop tôt, même si cette fois il n'y a plus de terminale euro, même si je m'embarque dans l'inconnu le plus total avec pour seul guide la main de Morgane, un peu plus sûre que la mienne de ce qui nous attend, même si c'est la chose la plus effrayante que j'ai jamais eue à faire de ma vie, l'été est devant nous. J'ai l'impression que ma vie de moi toute seule et dans une certaine mesure, libre, c'est ce que j'attends depuis dix-huit ans. Me balader dans une ville que j'ai choisie, dans un pays que j'ai choisi, fière de ce que je m'apprête à faire. C'est ce truc de l'idéal européen qu'on retrouve dans les films de Klappish, auquel j'ai envie de croire depuis maintenant sept ans, et auquel j'ai l'impression de participer. C'est cette idée sûrement naïve de penser qu'un jour tout s'arrangera, même si ça arrivera dans des centaines d'années, et que l'Europe, c'est un moyen d'y arriver.
Voilà. Ingrid Béthancourt libérée, Gandhi sort de sa cage :s
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1 commentaire:
T'inquiète pas mon Jul, profite du temps devant toi, et puis pour l'inconnu on y part toutes les deux [je connais pas plus Potsdam que toi a vrai dire] mais je te promet d'essayer d'être forte pour pas que tu aies peur la bas =)
<333
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