[Lentement, à cause des milliers de pensées involontaires qui auréolent le flot paresseux du temps restant avant le grand départ, je boucle mes malles. Je farfouille dans mes boîtes à trésor, les vide pour en emplir d'autres, empile des dizaines de livres avant d'en reposer certains à regret sur une étagère, décroche des photos pour sagement les ranger dans des cartons, pose un regard sur l'une d'elles. Le champ magnétique du souvenir : je repars cinq, deux ans, quelques semaines en arrière, m'interroge. Les minutes passent. Mon petit coeur (trop) primesautier s'est accordé bien malgré moi la fantaisie de m'énamourer gravement. Pas de temps pour l'amour. A peine assez pour accueillir Caro d'un visage à faire cailler le lait, me faire réprimander vertement pour mon manque de courage et tout plaquer pour un tour en voiture. Entre deux conversations noyées de brouillard éthylique sur la nécessité de débureaucratiser les services financiers, je les regarde profiter d'un dimanche après-midi à deux. A les voir si complices, ma fausse exubérence de circonstance baisse la garde ; j'ai les nerfs qui se croisent sur la poitrine et qui me serrent à m'empêcher de respirer.] Voir Oh le beau jour.
Les murs et les étagères se vident, ma chambre qui n'est plus tout à fait la mienne. Il me semble que les battants de cette vieille armoire adorée grincent encore plus que d'habitude, comme pour dire son indignation d'être ainsi pillée. Il manque vos visages sur les panneaux trop blancs en face de mon lit, les plumes colorées qui égayaient la moustiquaire, les boîtes à thé pleines de coquillages et de galets vernis, les cartes postales sur le bois lisse et familier. En plein milieu de la pièce s'entassent mes cinq tomes de Harry Potter, la trilogie de Pullman, mes Flicka tout cornés, la biographie des Beatles qui m'a suivie jusque dans les Alpes, les Pennac, Justine Lévy comme memento, Desproges, Anne Wiazemky, Jean-Jacques Greif le voyageur prêté par Lauren, et puis Tim Burton, McCartney et Jane Austen en 10/18. Karen Blixen avec le DVD d'Out of Africa cédé généreusement par ma mère, les Chansons d'amour. Un carton rempli de vos lettres, un trousseau de couture, mon parapluie, une pile de téléramas, une vieille chemise de nuit de Cec, le gilet rouge tout délavé de Caro, un rassemblement de figurines Kinder, deux moleskines et mes cours d'allemand.
Il y a ce projet de blog avec Cec, Lauren qui m'accompagnera à l'aéroport, ce rendez-vous de dix-sept heures aux Floralies, encore un petit bout de soirée volé au temps qui file sans me demander mon avis, des discussions msn avec Nathalie et Morgane, sa voix au téléphone pour la première fois depuis des semaines. Le réconfort de Souchon et de mes pulls en laine, d'un vieux jean usé et de mon Chat comparant, insouciant, le rembourrage du sac de mon PC à celui de la grande valise rouge.
Je sais bien que j'ai choisi, mais si j'aime les arrivées, j'ai horreur des départs.
1 commentaire:
Je pense à toi ma Patate!Claire
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