lundi 25 août 2008

[Look at the stars Look how they shine for you]

01h43, deezer : Coldplay, In my place. Parce qu'en parcourant de vieux (bon, pas tant que ça) téléramas à la recherche de la critique d'Ersatz, de Julien Doré, je tombe sur celle de Viva la Vida. Décide d'arrêter de faire ma snob et me replonge avec un certain plaisir dans ce morceau. Ca m'évoque, allez savoir pourquoi, le lycée et Skins. Contente aussi, qu' "ils" aiment Skins. Parce que moi, (merci MiniMoo chérie), j'aime Skins. Je me souviens avoir trouvé ça trash et bizarre un dimanche après-midi, sur Canal avec mon Vati. J'amasse, collectionne des souvenirs avec mes parents, troublée à l'idée que c'est mon dernier mois de vie commune avec eux, peut-être pour toujours. Et que j'ai choisi, en connaissance de cause. Me sens un peu bête, comme ça, leur collant les basques depuis plusieurs jours parce que je me rends compte tout à coup qu'ils vont me manquer. Et eux aussi, sûrement, la preuve la nouvelle paire de converse sur mon bureau ce soir en rentrant de chez Caroline. Alors qu'ils trouvent aberrant le principe même d'une chaussure à lacets en 2008. La preuve les efforts de mon père pour se calmer quand j'ai conduit en revenant. La preuve le lunatisme (ça se dit, ça ??) de ma mère, et ses efforts pour ne pas s'énerver quand j' "oublie" tous les jours de rappeler l'auto-école. Leur patience pour m'expliquer comment on ouvre un compte. Gott, demain je dois être à Clères à 10h, un peu oublié... bon ben tant pis, la conseillère financière ne s'offusquera pas de mes cernes. Très stupide, la Julie. Les sujets-bombes n'explosent plus, même pour pester contre ces foutus JO j'y mets un peu moins de hargne, on ne parle plus du divorce de ma tante, et mon père a choisi de regarder La Parenthèse enchantée au lieu d'un truc pourri sur le câble, a même essayé de ne pas éclater de rire quand je lui ai dit qu'Arthur et moi c'était de nouveau fini, et cette fois pour de bon. Heureux ceux qui comprendront, je m'escrimerai pas à expliquer que c'était inévitable, préférable et vital. Mais je suis là, encore en train de pianoter et de me demander quel est l'intérêt de ce blog, et mes pensées tournent en rond depuis deux jours, déviant un peu de leur habituel cours romantico-dépressif. Je vois toujours sa main sur mon poignet dans la cuisine de Moo, mais je me vois aussi en train de détacher vos cartes postales colorées de la place qu'elles occupent encore pour quelques semaines sur cette armoire que j'aime, et je vois ma mère dans l'encoignure de la porte de ma chambre, avec ses yeux flous de quand Sid est parti trois semaines en camping avec Roxichou. Je me demande comment je les quitterai. C'est pas du psychodrame, c'est juste bizarre, de penser que je vais vivre sans eux, et même loin d'eux. C'est établi : on se pourrit la vie ensemble, mais j'ai du mal à trouver aussi bien que mes parents ailleurs. Dans quelques semaines, je commence ma vie d'étudiante toute seule, à l'étranger, et je me demande si j'en suis capable. Ils se demandent si ça me plaira, je leur réponds que c'est une chance et qu'on ne vit ça qu'une fois, que c'est ce dont je rêve depuis l'Auberge espagnole et Monsieur G., ils glissent, l'air faussement détaché, que je pars pour ne plus les revoir, et je réponds de mon air le plus stupide qu'évidemment, et que d'ailleurs je les appellerai pas, pour voir. Sid s'y met aussi. Accepte que je squatte la télé et le paquet de cacahuètes pendant ses soirées DVD avec Arthur-son-pote-qui-devient-mon-deuxième-frangin-pendant-les-vacances et Clément dit "le roux", le seul ami de mon frère ayant, à ma connaissance, des goûts cinématographiques et musicaux potables. M'envoie même des textos matchos pour me dire que je lui manque - un peu - lui en Toscane, moi en Bretagne. Est-ce que c'est malsain, d'explorer comme ça la sensation bizarre que je ne suis plus... Ce qu'on demande : "Vous habitez chez vos parents ?" Dans quelques semaines, j'habite plus chez mes parents. J'ai pensé pendant toute mon enfance à ce moment comme à celui de la coolitude suprême. Je me voyais vers 20-23 ans en train de marcher dans la rue, 1m75, bien habillée, sourire colgate, cheveux longs et lisses et brillants dans le soleil de fin d'après-midi, avec plein de copains et copines qui riraient comme dans les pubs, et un petit ami médecin. Moi en études de médecine aussi, ou de journalisme. Je vais faire du droit au milieu d'un tas de gens qui ne parleront pas la même langue que moi, il me manque 11 centimètres et de deux à cinq ans, trente centimètres de longueur de cheveux, les dents éclatantes et le manteau long à la... ce à quoi j'aurais voulu ressembler, à Berlin il fait 0°C en moyenne en février (contre 9°C à Paris...). Celui au bras duquel j'aurais aimé me balader n'est pas encore médecin, et n'atteint pas non plus le mètre quatre-vingt-dix que je lui imaginais. Unexpected, je trouve pas le mot en français, inattendu, que ça arrive aussi tôt, déroutant, surtout quand tout à coup on se rend compte qu'on laisse beaucoup plus de monde que prévu derrière soi. Mais j'avais pas prévu non plus que dix ans plus tard, le nouvel idéal c'est de voir plus grand que les frontières franco-françaises, et que des tas de gens se démènent pour que, quand moi je n'arrive pas à la hauteur de ces rêveries de gamine, mon projet les dépasse. Même pas besoin d'attendre. Dans quelques semaines je suis aussi libre qu'on peut l'être. Même si ça semble parfois très effrayant, même si pour une fois j'ai un peu de mal à voir le train s'éloigner du quai et eux rester sur la terre ferme.
Ça y est, je l'ai cette foutue chanson, c'est Don't panic.

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