lundi 3 novembre 2008

[J'allais rue Bernauer Je devais voir mon frère Pour parler de liberté]

17h15, U-Bahn ligne 2 direction Pankow, descendre à Nollendorfplatz. La nuit est déjà tombée sur Berlin, mais les enseignes au néon qui brillent un peu partout la rendent presque plus animée que le jour. Elle n'est pas très jolie cette place, le quartier n'est pas le plus reluisant de la ville, et la St Matthias Kirche pas spécialement élégante, mais il s'en dégage quelque chose de piquant qui vous prend au coeur. Peut-être à cause de cette soirée de samedi ; toujours est-il que même le vent ne semble pas si mordant qu'ailleurs, et s'il me tire des larmes de froid, il me semble qu'il n'y a rien de plus vivifiant que de marcher dans ces rues, plus rien ne dépassant du col de mon manteau ou de mon béret neuf en dehors du bout de mon nez. Des odeurs alléchantes sortent des Döner-Kebab, et je sais pour les avoir goûtés au petit matin il y a deux jours qu'elles tiennent leur promesse. Friperies, magasins d'arts et autres librairies bordent les trottoirs. Je m'arrête devant l'une d'elles, attirée par une promotion : l'Anthologie des Beatles pour 16,50 euros, alors qu'elle en vaut 45 à Rouen. Et un énorme bouquin sur l'Histoire de Berlin à côté, et plus loin une pile de biographies de musiciens... Pas de temps, pas encore reçu mes sous, mais je reviendrai, me promets-je, en souriant toute seule, "Drive my car" aux oreilles.
Glotzstrasse, 39 : le Mister Hu Bar, où nous avons fêté les vingt ans d'Urbain, où j'ai oublié mon porte-monnaie. Fermé à cette heure, mais le barman, prévenu de mon arrivée, m'ouvre la porte avec un sourire. "Auriez-vous perdu quelque chose ?" Après vérification de mon identité, il me rend mon bien, et je retrouve avec soulagement ma carte d'étudiante, celle de la Deutsche Bank, le badge de Lauren et tous nos photomatons. Je m'attarde à bavarder avec lui, puis repars, sans plus aucune angoisse.
Le plaisir de me plonger dans un bon bouquin en rentrant à Potsdam, assise dans la S-Bahn, voir tout le reste s'effacer au point de manquer mon arrêt. Descendre un peu plus loin, ça ne fait rien. Mes ballerines font un petit bruit sur les pavés, mon sac bat contre mes jambes, le froid me picote les joues, je sautille en descendant les marches, passe devant une vitrine, regarde mon reflet et me trouve jolie.
Savoure la chaleur du bus après la fraîcheur de la rue, lis encore quelques pages et finis par atteindre ma chambre. Essouflée, je me débarasse de mes affaires, et en ouvrant mes mails, tombe sur celui de ma grand-mère ; beaucoup plus tard sur un de Law. Ce soir Hélène et Valentine viennent manger et regarder la suite de la première saison de Skins entamée hier.
Rester quelques minutes à ma fenêtre, penser à cette sortie de samedi, aux discussions germano-françaises, à ma joyeuse ivresse, à Xavier de retour en France, à l'amitié promise d'Urbain, aux kebabs savoureux, au retour vers cinq heures du matin avec Tobias, Philipp et cette jolie Allemande qui m'impressionait, à la douceur presque intolérable de mon lit, enfin. Lundi presque achevé, il ne reste plus que trois jours avant de m'envoler vers la maison, Maman, Papa, Paul, Lauren et Caro, mon Chat et son ventre tellement doux.
Ce soir tout va bien.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Dans l'oreille le dernier album de vincent delerm...
Un peu déçue mais bon. Un petit parfum de madeleine de proust (déjà?!) Bon c'est peut-être un peu exagéré...